{"id":979,"date":"2012-05-20T16:04:43","date_gmt":"2012-05-20T14:04:43","guid":{"rendered":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/2012\/05\/20\/le-restaurant-batifoulier-a-audierne\/"},"modified":"2025-05-26T17:52:16","modified_gmt":"2025-05-26T15:52:16","slug":"le-restaurant-batifoulier-a-audierne","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/2012\/05\/20\/le-restaurant-batifoulier-a-audierne\/","title":{"rendered":"Le restaurant Batifoulier \u00e0 Audierne"},"content":{"rendered":"<figure id=\"attachment_2515\" aria-describedby=\"caption-attachment-2515\" style=\"width: 630px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" class=\" aligncenter size-full wp-image-2515\" src=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2012\/05\/jpg_Audierne_hotel_du_commerce_600_1.jpg\" alt=\"Les murs de l'ancien H\u00f4tel du Commerce (auparavant encore h\u00f4tel Batifoulier) sont toujours debout, \u00e0 l'angle du quai et de la place de la R\u00e9publique\" title=\"Les murs de l'ancien H\u00f4tel du Commerce (auparavant encore h\u00f4tel Batifoulier) sont toujours debout, \u00e0 l'angle du quai et de la place de la R\u00e9publique\" class=\"caption\" align=\"center\" width=\"630\" height=\"380\" srcset=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2012\/05\/jpg_Audierne_hotel_du_commerce_600_1.jpg 630w, https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2012\/05\/jpg_Audierne_hotel_du_commerce_600_1-300x181.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 630px) 94vw, 630px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-2515\" class=\"wp-caption-text\">Les murs de l&rsquo;ancien H\u00f4tel du Commerce (auparavant encore h\u00f4tel Batifoulier) sont toujours debout, \u00e0 l&rsquo;angle du quai et de la place de la R\u00e9publique<\/figcaption><\/figure>\n<p><img loading=\"lazy\" class=\" aligncenter size-full wp-image-2516\" src=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2012\/05\/jpg_Audierne_hotel_du_commerce_600_2.jpg\" alt=\"Audierne_hotel_du_commerce_600_2.jpg\" align=\"center\" width=\"580\" height=\"412\" srcset=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2012\/05\/jpg_Audierne_hotel_du_commerce_600_2.jpg 580w, https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2012\/05\/jpg_Audierne_hotel_du_commerce_600_2-300x213.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 580px) 94vw, 580px\" \/><\/p>\n<p>Entre No\u00ebl 1883 et l&rsquo;\u00e9t\u00e9 1884, Octave Mirbeau s&rsquo;isole \u00e0 Audierne afin d&rsquo;oublier l&rsquo;\u00e9chec de sa relation sentimentale avec Judith Vimmer (qui inspirera son roman <em>Le Calvaire<\/em> &#8211; lire la belle pr\u00e9face de Pierre Michel ci-dessous). Il s&rsquo;installe \u00e0 l&rsquo;h\u00f4tel Batifoulier, avant d&#8217;emm\u00e9nager ailleurs.<\/p>\n<poesie>Le voyage de M. Renan dans sa ch\u00e8re Bretagne a remu\u00e9 en moi tout un monde de souvenirs et d&#8217;impressions, et je revois, pour ainsi dire, jour par jour, les huit mois que, l&#8217;ann\u00e9e derni\u00e8re, je passai en un des coins les plus sauvages du Finist\u00e8re, sur cette gr\u00e8ve horrible et charmante de la baie d&#8217;Audierne, qui va des gouffres noirs de la Pointe du Raz aux rochers homicides de Penmac&#8217;h. La jolie petite ville d&#8217;Audierne est l\u00e0, devant mes yeux, et tous les d\u00e9tails de sa vie pittoresque surgissent un \u00e0 un et passent devant moi, comme les go\u00eblands qui tournoient au-dessus de l&#8217;eau bleue de son port. Sur le quai, les maisons blanches s&#8217;alignent, coup\u00e9es de jardins et de chantiers bien abrit\u00e9s des vents de suro\u00eet par le coteau o\u00f9 poussent quelques pins maritimes et des ch\u00eanes verts. Les chaloupes de p\u00eache press\u00e9es les unes contre les autres font s\u00e9cher leurs voiles couleur de rouille qui claquent dans le vent, ou bien leurs filets \u00e9tendus d&#8217;un m\u00e2t \u00e0 l&#8217;autre, ces longs filets qui quadrillent le ciel de mailles roses. Une go\u00eblette, \u00e0 la svelte m\u00e2ture, au bordage peint en vert, d\u00e9barque du charbon, que des ouvriers empilent dans leurs petites charrettes, attel\u00e9es de b&#339;ufs enchemis\u00e9s de lin gris. Pr\u00e8s de la Marine, deux douaniers causent avec des p\u00eacheurs ; d&#8217;autres p\u00eacheurs entrent dans les d\u00e9bits de boisson ; et sur son banc, majestueusement assis, Batifoulier, l&#8217;h\u00f4telier fameux \u00e0 plus de cinquante lieues \u00e0 la ronde, Batifoulier, qu&#8217;illustra Bertall et que portraitura Guy de Maupassant, fume sa pipe, les mains appuy\u00e9es sur ses genoux, et surveille le p\u00e8re Provost qui radoube son canot sur la cale. Des escouades de petites ouvri\u00e8res en b\u00e9guin aplati, en fichu clair, se rendent aux usines laissant derri\u00e8re elles des odeurs rances de poisson. Des vieilles tricotent et font les cent pas en causant, tandis que des paysans du Cap, \u00e0 la veste courte, aux braies flottantes, aux longs cheveux qui pleurent sous le chapeau de feutre, am\u00e8nent un chargement d&#8217;orge que doit fr\u00e9ter un lougre de Paimpol. L\u00e0-bas, sous les arbres de la place, des anciens se chauffent au soleil, et des femmes raccommodent des filets.<\/p>\n<p>Et les mouettes passent, s&#8217;\u00e9l\u00e8vent, plongent, rasent l&#8217;eau qu&#8217;elles battent de leurs ailes, emplissent l&#8217;air de leurs cris, ou bien se laissent mollement bercer par le flot qui monte. Des canots que des mousses conduisent \u00e0 la godille traversent le port et vont s&#8217;amarrer \u00e0 l&#8217;estacade de Poulgoazec, qui, sur l&#8217;autre rive, \u00e9chelonne gaiement ses maisons de p\u00eacheurs, ses usines de sardines, et sa petite \u00e9glise en ruine dont le clocher menace de s&#8217;\u00e9crouler. Derri\u00e8re le pont qui relie la route de Ploz\u00e9vet au village d&#8217;Audierne, du haut d&#8217;un coteau fermant l&#8217;horizon, l&#8217;hospitalier ch\u00e2teau de Loqu\u00e9ran mire sa belle fa\u00e7ade dans la rivi\u00e8re de Pontcroix, large ainsi que le Danube, et qui bient\u00f4t se perd au tournant des rochers, entre les rives h\u00e9riss\u00e9es de sapins noirs et de landes m\u00e9lancoliques.<\/p>\n<p><em><a href=\"http:\/\/fr.wikisource.org\/wiki\/Lettres_de_ma_chaumi%C3%A8re\/Les_Eaux_muettes\">Les Eaux muettes<\/a><\/em>, Octave Mirbeau.<\/poesie>\n<p><a href=\"http:\/\/fr.wikisource.org\/wiki\/Douarnenez,_paysages_et_impressions\">Dans un article sur Douanenez dans le tome 43 de la <em>Revue des Deux Mondes<\/em><\/a>, Andr\u00e9 Theuriet trace en 1881 un tableau un peu moins romantique de la ville et de l&rsquo;h\u00f4tel :<\/p>\n<poesie>Nous remontons en voiture, et, cinq kilom\u00e8tres plus loin, nous voyons la tour de la coll\u00e9giale de Pont-Croix surgir du milieu d&#8217;un massif d&#8217;arbres ; la route coupe en \u00e9charpe un versant de ch\u00e2taigniers qui domine le cours du Goayen, et bient\u00f4t voici Audierne, b\u00e2ti aux flancs de collines pel\u00e9es, au long d&#8217;un quai de granit o\u00f9 stationnent des bateaux de p\u00eache. La petite ville, sombre, maussade, sans verdure, exhale une insupportable odeur de rogue. Au moment o\u00f9 nous y entrons, la cloche du d\u00e9jeuner sonne \u00e0 l&#8217;h\u00f4tel du Commerce, et nous nous pr\u00e9cipitons affam\u00e9s vers la salle \u00e0 manger. La table est pr\u00e9sid\u00e9e par l&#8217;h\u00f4te lui-m\u00eame, un colosse dont la mine et le nom (il s&#8217;appelle Batifoulier) \u00e9veillent des souvenirs pantagru\u00e9liques. &#8212; Robuste, pansu, carr\u00e9 des \u00e9paules, la t\u00eate ronde, brune et ras\u00e9e, l&#8217;&#339;il luisant et la moustache militaire, il rappelle un peu Alexandre Dumas p\u00e8re, vers la fin de sa vie, avec beaucoup de vulgarit\u00e9 en plus, et en moins, l&#8217;\u00e9clair de bont\u00e9 spirituelle qui illuminait la figure du f\u00e9cond romancier. Cet h\u00f4te rabelaisien est majestueux et solennel comme un homme p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 de l&#8217;importance de sa fonction. La serviette carr\u00e9ment nou\u00e9e sous le menton, les manches retrouss\u00e9es, les coudes \u00e9cart\u00e9s, il d\u00e9coupe une langouste avec le s\u00e9rieux et la pompe d&#8217;un grand-pr\u00eatre proc\u00e9dant \u00e0 un sacrifice antique. Puis il en distribue les fragmens aux convives, et remplit leurs verres avec l&#8217;air de leur dire : \u00ab Prenez, ceci est ma chair ; buvez, ceci est mon sang. \u00bb Les convives affam\u00e9s et press\u00e9s de repartir souhaiteraient un peu moins de c\u00e9r\u00e9monie.<\/poesie>\n<figure id=\"attachment_2517\" aria-describedby=\"caption-attachment-2517\" style=\"width: 1020px\" class=\"wp-caption alignleft\"><img loading=\"lazy\" class=\" alignleft size-full wp-image-2517\" src=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2012\/05\/jpg_Audierne_hotel_du_commerce.jpg\" alt=\"T\u00e9l\u00e9chargez une ancienne vue de l'H\u00f4tel du Commerce (ex-h\u00f4tel Batifoulier)\" title=\"T\u00e9l\u00e9chargez une ancienne vue de l'H\u00f4tel du Commerce (ex-h\u00f4tel Batifoulier)\" class=\"caption\" align=\"left\" width=\"1020\" height=\"696\" srcset=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2012\/05\/jpg_Audierne_hotel_du_commerce.jpg 1020w, https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2012\/05\/jpg_Audierne_hotel_du_commerce-300x205.jpg 300w, https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2012\/05\/jpg_Audierne_hotel_du_commerce-768x524.jpg 768w\" sizes=\"(max-width: 739px) 94vw, (max-width: 969px) 88vw, (max-width: 1199px) 860px, 850px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-2517\" class=\"wp-caption-text\">T\u00e9l\u00e9chargez une ancienne vue de l&rsquo;H\u00f4tel du Commerce (ex-h\u00f4tel Batifoulier)<\/figcaption><\/figure>\n<p><a href=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2012\/05\/pdf_Mirbeau_Le_Calvaire.pdf\">T\u00e9l\u00e9chargez Le Calvaire, par Octave Mirbeau<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Entre No\u00ebl 1883 et l&rsquo;\u00e9t\u00e9 1884, Octave Mirbeau s&rsquo;isole \u00e0 Audierne afin d&rsquo;oublier l&rsquo;\u00e9chec de sa relation sentimentale [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":2515,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[5],"tags":[35],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/979"}],"collection":[{"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=979"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/979\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":6653,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/979\/revisions\/6653"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/2515"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=979"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=979"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=979"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}