{"id":991,"date":"2012-11-01T20:07:33","date_gmt":"2012-11-01T19:07:33","guid":{"rendered":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/2012\/11\/01\/saint-john-perse-de-la-guadeloupe-aux-etats-unis\/"},"modified":"2025-05-26T17:52:16","modified_gmt":"2025-05-26T15:52:16","slug":"saint-john-perse-de-la-guadeloupe-aux-etats-unis","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/2012\/11\/01\/saint-john-perse-de-la-guadeloupe-aux-etats-unis\/","title":{"rendered":"Saint-John Perse de la Guadeloupe aux \u00c9tats-Unis"},"content":{"rendered":"<p>Homme singulier que Saint-John Perse, se cachant derri\u00e8re divers pseudonymes[[Pseudonymes comme Saint Leger Leger en trois mots ou Saintleger Leger en deux, ou St L. Leger, et enfin Saint-John Perse \u00e0 partir d&rsquo;<em>Anabase<\/em> en 1924, recueil qui fut lui m\u00eame sign\u00e9 un temps \u00ab St-J. Perse \u00bb.]].<br \/>\n<br \/>Grand diplomate qui a, sous la Troisi\u00e8me R\u00e9publique, durablement influenc\u00e9 la diplomatie fran\u00e7aise ; auteur d&rsquo;une &#339;uvre po\u00e9tique qui, entre symbolisme et lyrisme, a marqu\u00e9 la composition po\u00e9tique moderne. Homme double donc, m\u00eame si officiellement son pseudonyme a pour r\u00f4le de s\u00e9parer sa mission diplomatique de sa vocation po\u00e9tique.<\/p>\n<p>Alexis Leger na\u00eet le 31\u00a0mai\u00a01887 \u00e0 Pointe-\u00e0-Pitre en Guadeloupe. Fils d&rsquo;\u00c9douard Leger, avocat, et de Marie Pauline Dormoy, issue d&rsquo;une famille de planteurs, Marie Ren\u00e9 Auguste Alexis passe son enfance \u00e0 Pointe-\u00e0-Pitre jusqu&rsquo;en 1899.<\/p>\n<p>Son enfance s&#8217;\u00e9coule \u00e0 la Guadeloupe, une enfance heureuse d&#8217;abord dans l&#8217;\u00eelet familial de Saint-L\u00e9ger-les-feuilles, dans la petite ville voisine dans la rue des abymes puis dans les plantations de ses grands-parents\u00a0: du c\u00f4t\u00e9 maternel, l&#8217;Habitation du bois-debout sur la c\u00f4te de Capesterre[[Plantation de cannes \u00e0 sucre face aux \u00eeles des Saintes et de Marie-Galante, pr\u00e8s de l&#8217;anse de Sainte-Marie o\u00f9 Christophe Collomb d\u00e9barqua lors de son deuxi\u00e8me voyage.]] et du c\u00f4t\u00e9 paternel l&#8217;Habitation de La Jos\u00e9phine en souvenir de l&#8217;ancienne imp\u00e9ratrice.[[Plantation de caf\u00e9iers et de cacaoyers sur les hauteurs de Matouba au pied du volcan de La Soufri\u00e8re.]] Vers ses 11 ans, il est influenc\u00e9 par un ami de ses parents le RP Duss, grand botaniste qui l&#8217;initie \u00e0 l&#8217;importance du langage, \u00e0 ses nuances, lui parlant du nom savant et \u00ab\u00a0vulgaire\u00a0\u00bb des plantes, des noms si \u00e9vocateurs, d&#8217;une puissance po\u00e9tique si extraordinaire qui frappe l&#8217;imagination du futur po\u00e8te.<\/p>\n<p>Puis la famille s&#8217;installe \u00e0 Pau dans les Pyr\u00e9n\u00e9es atlantiques, o\u00f9 Alexis suit ses \u00e9tudes au lyc\u00e9e Louis-Barthou puis \u00e0 Bordeaux en 1904.<br \/>\n<br \/>C&#8217;est le po\u00e8te <a href=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/2003\/08\/19\/francis-jammes-a-orthez\/\">Francis Jammes<\/a>, \u00ab\u00a0l&#8217;ermite d&#8217;Orthez\u00a0\u00bb qu&#8217;il rencontre \u00e0 Pau, qui va l&#8217;influencer et le mettre en relations avec Paul Claudel, Andr\u00e9 Gide et les \u00e9crivains de la NRF. Il publie alors ses premiers po\u00e8mes \u00e0 <em>La Nouvelle Revue Fran\u00e7aise<\/em> en 1911 puis, en 1925, son recueil le plus c\u00e9l\u00e8bre, <em>Anabase<\/em>, s&#8217;abstenant apr\u00e8s de toute publication pendant toute sa carri\u00e8re de diplomate.<\/p>\n<p>Son &#339;uvre ne comprend gu\u00e8re de \u00ab\u00a0je\u00a0\u00bb, de \u00ab\u00a0moi\u00a0\u00bb, aucun \u00e9go, il ne parle pas directement de lui-m\u00eame. Pourtant, ses principaux recueils de po\u00e8mes sont, dans leur essence, li\u00e9s \u00e0 sa biographie. L&#8217;exub\u00e9rance d&#8217;<em>\u00c9loge<\/em> rappelle les paysages antillais, <em>\u00ab\u00a0\u00f4 mes plus grandes fleurs voraces, parmi la feuille rouge, \u00e0 d\u00e9vorer tous mes plus beaux insectes verts\u00a0!&#8230; les fleurs s&#8217;achevaient en des cris de perruche [&#8230;] \u00f4 joie inexplicable sinon par la lumi\u00e8re.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" class=\" aligncenter size-full wp-image-2558\" src=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2012\/11\/jpg_ST_jPerse_65_Clergue.jpg\" alt=\"ST_jPerse_65_Clergue.jpg\" align=\"center\" width=\"493\" height=\"271\" srcset=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2012\/11\/jpg_ST_jPerse_65_Clergue.jpg 493w, https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2012\/11\/jpg_ST_jPerse_65_Clergue-300x165.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 493px) 94vw, 493px\" \/><\/p>\n<p>Il passe le concours des Affaires \u00e9trang\u00e8res en 1914 et pendant cinq ans, de 1916 \u00e0 1921, nomm\u00e9 secr\u00e9taire d&#8217;ambassade \u00e0 P\u00e9kin, il change radicalement d&#8217;univers. Il en profite pour voyager en Extr\u00eame-Orient, \u00e0 travers la Chine, la Mongolie, en Asie centrale et jusqu&#8217;au Japon. C&#8217;est au retour d&#8217;un de ses voyages qui l&#8217;a conduit dans le d\u00e9sert de Gobi qu&#8217;il entreprend d&#8217;\u00e9crire <em>Anabase<\/em>, son &#339;uvre la plus connue. Pour \u00e9crire, il dispose d&#8217;un calme absolu, un ancien temple tao\u00efste dans les collines au nord-ouest de P\u00e9kin. \u00c0 cette \u00e9poque, il visite aussi l&#8217;archipel malais puis s&#8217;engage dans une croisi\u00e8re en voilier dans la Polyn\u00e9sie.<\/p>\n<p>La puissance des \u00e9l\u00e9ments, le soul\u00e8vement des forces de la nature impriment son rythme \u00e0 <em>Vents<\/em>. Le d\u00e9sespoir de quitter son pays et de devoir \u00e9migrer aux Etats-Unis apr\u00e8s les d\u00e9crets de Vichy le frappant, lui l&#8217;ancien ambassadeur de France, de d\u00e9ch\u00e9ance et de radiation de sa nationalit\u00e9, de confiscation de ses biens et de radiation de sa l\u00e9gion d&#8217;honneur, et sa solitude transparaissent dans son recueil <em>Exil<\/em>. On peut suivre son parcours \u00e0 travers des photos, sur un bateau en partance pour l&#8217;exil am\u00e9ricain en 1940, \u00e0 Long Beach Island, \u00ab\u00a0le lieu flagrant et nul\u00a0\u00bb o\u00f9 il \u00e9crit <em>Exil<\/em> en 1941 et \u00e0 Hundred Acre Island en 1945.<\/p>\n<p>Le diplomate fera une brillante carri\u00e8re qui sera comme une longue mise en veille de sa vocation de po\u00e8te\u00a0: secr\u00e9taire de la l\u00e9gation fran\u00e7aise de P\u00e9kin de 1916 \u00e0 1921, directeur du cabinet d&#8217;Aristide Briand en 1925[[Il est l&rsquo;un des principaux auteurs des Accords de Locarno en octobre 1925.]] et enfin secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral du minist\u00e8re des Affaires \u00e9trang\u00e8res, avec rang d&#8217;ambassadeur de 1933 \u00e0 1940.[[Il a jou\u00e9 un r\u00f4le important lors de la conf\u00e9rence de Stresa en 1935 et, conservant ce poste pendant huit ans, il a assur\u00e9 la continuit\u00e9 de la diplomatie fran\u00e7aise face aux al\u00e9as politiques.]] En juin 1940, Paul Reynaud le d\u00e9met brutalement de ses fonctions et Leger en est si bless\u00e9 qu&#8217;il refuse toute nouvelle affectation puis choisit l&#8217;exil aux \u00c9tats-Unis.<\/p>\n<figure id=\"attachment_2559\" aria-describedby=\"caption-attachment-2559\" style=\"width: 240px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" class=\" aligncenter size-full wp-image-2559\" src=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2012\/11\/jpg_Leger__locarno_25_Henri_Fromageot__Aristide_Briand__Philippe_Berthelot.jpg\" alt=\"Alexis Leger \u00e0 Locarno en 1925 (\u00e0 gauche)\" title=\"Alexis Leger \u00e0 Locarno en 1925 (\u00e0 gauche)\" class=\"caption\" align=\"center\" width=\"240\" height=\"212\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-2559\" class=\"wp-caption-text\">Alexis Leger \u00e0 Locarno en 1925 (\u00e0 gauche)<\/figcaption><\/figure>\n<p>Profond\u00e9ment anti-gaulliste, il refuse toute collaboration avec son mouvement, travaille \u00e0 la Biblioth\u00e8que du Congr\u00e8s \u00e0 Washington et dit-on, est tr\u00e8s \u00e9cout\u00e9 par le pr\u00e9sident Roosevelt.<\/p>\n<p>D\u00e8s lors, il va s&#8217;\u00e9tablir aux \u00c9tats-Unis, Il se marie avec une Am\u00e9ricaine, Dorothy Russel, d\u00e9dicataire de <em>Po\u00e8me \u00e0 l&rsquo;\u00e9trang\u00e8re<\/em>, qui a vingt ans de moins que lui et qu&rsquo;il appelle \u00ab\u00a0Dot\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0Diane\u00a0\u00bb. Le prix Nobel qui lui est attribu\u00e9 en 1960. Il le doit en partie \u00e0 l&#8217;action de ses amis am\u00e9ricains et \u00e0 Dag Hammarskj\u00f6ld, le secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de l&#8217;ONU qui contribuent \u00e0 faire conna\u00eetre son &#339;uvre \u00e0 travers le monde.<\/p>\n<p>A partir de 1957, il revient en France pour faire de longs s\u00e9jours sur la presqu&rsquo;\u00eele de Giens o\u00f9 certains de ses amis am\u00e9ricains ont mis \u00e0 sa disposition une propri\u00e9t\u00e9, \u00ab\u00a0Les Vigneaux\u00a0\u00bb. C&#8217;est l\u00e0-bas, \u00e0 Giens, qu&#8217;il d\u00e9c\u00e8de le 20 septembre 1975 et qu&rsquo;il repose depuis.<\/p>\n<p>Broussas Christian (broussas.christian at orange.fr)<\/p>\n<p><strong>Bibliographie<\/strong><\/p>\n<p><em>Ouvrages de Saint-John Perse<\/em><br \/>\n&#8211; \u00c9loge, premi\u00e8re \u00e9dition NRF Marcel Rivi\u00e8re, 1910, deuxi\u00e8me \u00e9dition, NRF, 1925, troisi\u00e8me \u00e9dition, 1948<br \/>\n&#8211; Anabase, \u00e9ditions Gallimard, 1924, r\u00e9\u00e9ditions 1926, 1947, 1948 avec les pr\u00e9faces de Val\u00e9ry Larbaud, Hugo von Hofmannsthal, TS Elliot et Giuseppe Ungaretti<br \/>\n&#8211; Exil : Exil, Pluies, Neiges, Po\u00e8me \u00e0 l&rsquo;\u00e9trang\u00e8re, Cahiers du sud, 1942, Gallimard 1946<br \/>\n&#8211; Vents, NRF, Gallimard 1946<br \/>\n&#8211; Amers,Et vous mers, Midi, ses fauves, ses famines, Cahiers de la pl\u00e9iade, 1950<br \/>\n&#8211; L&rsquo;ordre des oiseaux (1962), r\u00e9\u00e9dit\u00e9 en 1963 sous le titre Oiseaux<br \/>\n&#8211; Pour Dante (1965)<br \/>\n&#8211; Chant pour un \u00e9quinoxe (1971)<br \/>\n&#8211; Nocturne (1973)<br \/>\n&#8211; S\u00e9cheresse (1974)<\/p>\n<p><em>Ouvrages sur Saint-John Perse<\/em><br \/>\n&#8211; Hommage \u00e0 Saint-John Perse, Les cahiers de la pl\u00e9iades, n\u00b0 X, \u00e9t\u00e9-automne 1950<br \/>\n&#8211; Maurice Saillet, Saint-John Perse po\u00e8te de gloire, Mercure de France, 1952<br \/>\n&#8211; Alain Bosquet, Saint-John Perse, \u00e9ditions Pierre Seghers, 1953, 1\u00e8re \u00e9dition<br \/>\n&#8211; Roger Caillois, Po\u00e9tique de Saint-John Perse, \u00e9ditions Gallimard, 1954<br \/>\n&#8211; Pierre Guerre, Saint-John perse et l&#8217;homme, 2ditions Gallimard, 1955<br \/>\n&#8211; Jean-Marc Tixier, Saint-John Perse \u00e0 Giens, \u00e9ditions Images En man&#339;uvre, mars 2006, isbn 2849950459<br \/>\n&#8211; Renaud Meltz, Alexis Leger dit Saint-John Perse, Flammarion, 850 pages<\/p>\n<p><strong>Sur Internet<\/strong><br \/>\n&#8211; <a href=\"http:\/\/www.lehman.cuny.edu\/ile.en.ile\/paroles\/perse.html\">St John \u00eele en \u00eele<\/a><br \/>\n&#8211; <a href=\"http:\/\/www.sjperse.org\/dutourd.html\">T\u00e9moignage de Jean Dutourd<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Homme singulier que Saint-John Perse, se cachant derri\u00e8re divers pseudonymes[[Pseudonymes comme Saint Leger Leger en trois mots ou [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":16,"featured_media":2558,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[2],"tags":[33],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/991"}],"collection":[{"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/16"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=991"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/991\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4013,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/991\/revisions\/4013"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/2558"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=991"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=991"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=991"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}