{"id":996,"date":"2012-12-24T17:49:22","date_gmt":"2012-12-24T16:49:22","guid":{"rendered":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/2012\/12\/24\/elias-canetti-de-roustchouk-a-zurich\/"},"modified":"2025-05-26T17:52:15","modified_gmt":"2025-05-26T15:52:15","slug":"elias-canetti-de-roustchouk-a-zurich","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/2012\/12\/24\/elias-canetti-de-roustchouk-a-zurich\/","title":{"rendered":"\u00c9lias CANETTI, de Roustchouk \u00e0 Zurich"},"content":{"rendered":"<p><strong>1) Roustchouk (1905-1911)<\/strong><\/p>\n<p>Roustchouk, ville bulgare sur le cours inf\u00e9rieur du Danube\u00a0; ville fronti\u00e8re puisqu&#8217;en face sur la rive gauche, commence la Roumanie. C&#8217;est dans cette cit\u00e9 tr\u00e8s cosmopolite que na\u00eet en 1905 le futur prix Nobel de litt\u00e9rature \u00c9lias Canetti. La ville est une mosa\u00efque de communaut\u00e9s et le jeune \u00c9lias fait partie de celle des juifs s\u00e9pharades espagnols &#8211;ce dont sa m\u00e8re est tr\u00e8s fi\u00e8re- chass\u00e9s d&#8217;Espagne au temps de la \u00ab\u00a0Reconquista\u00a0\u00bb. Ses parents parlent l&rsquo;Espagnol avec leurs enfants mais continuent \u00e0 parler l&#8217;Allemand entre eux.[[Ses parents avaient fait leurs \u00e9tudes \u00e0 Vienne, o\u00f9 ils s&#8217;\u00e9taient connus.]]<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" class=\" aligncenter size-full wp-image-2563\" src=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2012\/12\/jpg_Elias_Canetti_Zurich_portrait_1919.jpg\" alt=\"Elias_Canetti_Zurich_portrait_1919.jpg\" align=\"center\" width=\"330\" height=\"302\" srcset=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2012\/12\/jpg_Elias_Canetti_Zurich_portrait_1919.jpg 330w, https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2012\/12\/jpg_Elias_Canetti_Zurich_portrait_1919-300x275.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 330px) 94vw, 330px\" \/><\/p>\n<p>Beaucoup de choses aussi rappelaient la Turquie, ses grands-parents \u00e9tant originaires d&#8217;\u00c9dirne &#8211;qu&#8217;ils appelaient Andrinople- et le grand-p\u00e8re adorait chanter des chansons turques. Dans ce milieu tr\u00e8s religieux, les f\u00eates comme Pessah (P\u00e2que) ou le Sader tenaient une grande place et le jeune \u00c9lias fut marqu\u00e9 par son grand-p\u00e8re lisant la Haggadah.[[La Haggadah ou l&#8217;histoire de l&#8217;exode des juifs d&#8217;\u00c9gypte, d&#8217;autant plus symptomatique qu&#8217;eux aussi \u00e9taient des exil\u00e9s chass\u00e9s d&#8217;Espagne par Ferdinand et Isabelle la catholique. (NDLR)]] Les temps insouciants allaient bient\u00f4t se terminer  en 1911, ann\u00e9e de naissance de son fr\u00e8re George, quand son p\u00e8re trouva une opportunit\u00e9 \u00e0 Manchester en Angleterre.<\/p>\n<p><strong>2) Manchester (1911-1913)<\/strong><\/p>\n<p>Peu de temps apr\u00e8s leur installation \u00e0 Burton road, son p\u00e8re mourut subitement. Le jeune \u00c9lias soutint comme il put sa m\u00e8re reclue de chagrin, et ils d\u00e9m\u00e9nag\u00e8rent alors chez son fr\u00e8re a\u00een\u00e9 dans une grande maison sur Palatine road. Vint pour lui le temps de la lecture &#8211;il fut toujours un tr\u00e8s gros lecteur- des histoires qu&#8217;il se racontait, laissant vagabonder son imagination sur le papier peint de sa chambre, et l&#8217;\u00e9cole de miss Lancashire sur Barlowmore road. Tr\u00e8s vite, il s&#8217;exprima en Anglais avec facilit\u00e9, abandonnant l&#8217;Espagnol, sa langue natale.<\/p>\n<p>Avant de partir pour Vienne o\u00f9 ils devaient s&#8217;installer bient\u00f4t, ils pass\u00e8rent l&#8217;\u00e9t\u00e9 en Suisse \u00e0 Lausanne et \u00e0 Ouchy o\u00f9 \u00c9lias aima beaucoup le lac, les voiliers qui le longeaient et les montagnes qui s&#8217;y miraient. Son initiation \u00e0 l&#8217;Allemand &#8211;qui devait devenir son mode d&#8217;expression essentiel- fut l&#8217;&#339;uvre de sa m\u00e8re qui affectionnait cette langue qui, de plus, lui rappelait son d\u00e9funt mari. <\/p>\n<p><strong>3) Vienne (1913-1916)<\/strong><\/p>\n<p>\u00c0 Vienne, ils s&#8217;install\u00e8rent dans le quartier du Sch\u00fcttel pr\u00e8s du Wurstelprater, au n\u00b05 de la Josef-Gall-Grasse. Il parlait d\u00e9sormais quatre langues, l&#8217;Anglais et l&#8217;Allemand couramment, le Fran\u00e7ais qu&#8217;il apprenait \u00e0 l&#8217;\u00e9cole et l&#8217;Espagnol sa langue natale. Avec sa m\u00e8re, il allait au Burgtheater dont elle raffolait et parlaient presque chaque jour de litt\u00e9rature. Mais ils furent vite rattrap\u00e9s par la guerre et nul ne s&#8217;avisa plus de parler anglais en public. <\/p>\n<p>Pendant l&#8217;\u00e9t\u00e9 1915, ils retourn\u00e8rent visiter la famille \u00e0 Roustchouk puis s\u00e9journ\u00e8rent \u00e0 Varna sur la mer noire. La guerre touchait encore peu la ville de Vienne. \u00c9lias entra normalement au lyc\u00e9e pr\u00e8s de Sophienbr\u00fcke. Il lui suffisait pour s&#8217;y rendre de longer la Prinzenallee. Malgr\u00e9 ces temps de guerre, ils partirent en Bavi\u00e8re \u00e0 Reichenhall avec sa m\u00e8re qui avait des probl\u00e8mes de sant\u00e9 et firent des excursions \u00e0 Nonn, au K\u00f6ninsee et jusqu&#8217;\u00e0 Berchtesgaden. Sa m\u00e8re voulait partir habiter en Suisse \u00e0 Zurich. Les deux fr\u00e8res d&#8217;\u00c9lias y r\u00e9sidaient d\u00e9j\u00e0 et, passant par Munich et Lindau, ils rejoignirent Zurich.<\/p>\n<p><strong>4) Zurich-Scheuchzerstrasse (1916-1919)<\/strong><\/p>\n<p>Ils s&#8217;install\u00e8rent dans deux chambres au 68 de la Scheuchzerstrasse au deuxi\u00e8me \u00e9tage dans un immeuble en location, puis d\u00e9m\u00e9nag\u00e8rent trois mois plus tard au n\u00b073 dans un appartement plus grand. A partir du printemps 1917, il fr\u00e9quenta l&#8217;\u00e9cole cantonale de la R\u00e4mistrasse et discutait beaucoup litt\u00e9rature avec sa m\u00e8re qui lui avait fait d\u00e9couvrir Charles Dickens qu&#8217;il d\u00e9vorait ou Walter Scott qu&#8217;il ne prisait gu\u00e8re. Ils allaient aussi souvent \u00e0 la grande librairie Roscher sur le quai de la Limmat et s&rsquo;abonn\u00e8rent au cercle de lecture Hottingen.<\/p>\n<figure id=\"attachment_2564\" aria-describedby=\"caption-attachment-2564\" style=\"width: 183px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" class=\" aligncenter size-full wp-image-2564\" src=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2012\/12\/jpg_Canetti_Zurich_Scheuchzerstrasse.jpg\" alt=\"Scheuchzerstrasse\" title=\"Scheuchzerstrasse\" class=\"caption\" align=\"center\" width=\"183\" height=\"275\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-2564\" class=\"wp-caption-text\">Scheuchzerstrasse<\/figcaption><\/figure>\n<p>Ses professeurs \u00e9taient \u00ab\u00a0les premiers repr\u00e9sentants de ce qui m&#8217;appara\u00eetra plus tard comme la substance m\u00eame du monde.\u00a0\u00bb[[Et il ajoute \u00ab R\u00e9aliser l&#8217;osmose entre individus et types &#8211;des personnages- c&#8217;est pr\u00e9cis\u00e9ment l&#8217;une des t\u00e2ches majeures du po\u00e8te. \u00bb]] Ils passaient l&#8217;\u00e9t\u00e9 \u00e0 Kandersteg et \u00e0 Seelisberg dans un h\u00f4tel perch\u00e9 au-dessus de l&#8217;Urnersee et descendaient par la for\u00eat jusqu&#8217;\u00e0 R\u00fctliwiese, cueillir des cyclamens dont sa m\u00e8re aimait tant le parfum.<\/p>\n<p><strong>5) Zurich-Tiefenbrunnen (1919-1921)<\/strong><\/p>\n<p>Peu de temps apr\u00e8s la fin de la guerre, Elias Canetti se retrouva dans la banlieue de Zurich, \u00e0 Tiefenbrunnen dans la villa-pension Yalta situ\u00e9e dans la Seefeldstrasse, tout pr\u00e8s du lac, avec un grand verger derri\u00e8re la maison. La famille est pour quelque deux ann\u00e9es s\u00e9par\u00e9e, sa m\u00e8re malade vivant au Waldsanatorium \u00e0 Arosa et ses deux fr\u00e8res en pension \u00e0 Lausanne.[[Sa m\u00e8re avait \u00e9t\u00e9 victime fin 1918 de la terrible grippe espagnole qui avait s\u00e9vi dans toute l&#8217;Europe et, affaiblie par la maladie, avait contract\u00e9e  peu de temps apr\u00e8s la tuberculose.]]<\/p>\n<p><doc1909|center><\/p>\n<p>Pour rejoindre son lyc\u00e9e, il fut alors oblig\u00e9 de prendre le train jusqu&#8217;\u00e0 la station de Stadelhofen, remontant ensuite la R\u00e4mistrasse. Souvent, il rentrait \u00e0 pieds avec un camarade de classe, Hans Wehrli, par la Zollikerstrasse. Ils allaient souvent se promener en barque jusqu&#8217;\u00e0 Kilchberg sur la rive oppos\u00e9e. Il allait aussi une fois par semaine rendre visite \u00e0 sa grand-m\u00e8re Arditti et sa tante Ernestine, la s&#339;ur a\u00een\u00e9e de sa m\u00e8re, qui habitaient aussi Zurich. <\/p>\n<p>La formation qu&#8217;il re\u00e7oit proc\u00e8de aussi d&#8217;une \u00e9cole de la vie, la r\u00e9duction des pr\u00e9jug\u00e9s de son \u00e9ducation par une ouverture au monde. La richesse du genre humain &#8211;aussi bien dans sa grandeur que dans sa fragilit\u00e9- il la d\u00e9couvre dans ses professeurs qui sont autant de personnages qu&#8217;il c\u00f4toie dans son quotidien, un kal\u00e9idoscope des faces de l&#8217;humanit\u00e9 qui nourrira son univers romanesque. <\/p>\n<p>L&#8217;\u00e9t\u00e9, il part faire des excursions dans les vall\u00e9es des Grisons. Dans le Domleschg, il grimpe jusqu&#8217;au sommet du Heinzenberg, \u00ab\u00a0la plus belle montagne d&#8217;Europe, selon le duc de Rohan\u00a0\u00bb pr\u00e9cise-t-il, ou va visiter le ch\u00e2teau de Rietberg juste \u00e0 c\u00f4t\u00e9. Mais il a un faible pour le Valais et, d\u00e8s l&#8217;\u00e9t\u00e9 1920, il revint \u00e0 Kandersteg avec sa m\u00e8re. Ils parcourent le L\u00f6tschental, descendant \u00e0 Goppenstein pour suivre la vall\u00e9e de Ferden jusqu&#8217;\u00e0 Blatten, le village le plus recul\u00e9.<\/p>\n<p>Sa m\u00e8re n&#8217;aimait gu\u00e8re la vie qu&#8217;il m\u00e8ne \u00e0 Zurich, trop prot\u00e9g\u00e9e, trop tourn\u00e9e  vers les livres et le romanesque. Elle voudrait le placer face aux r\u00e9alit\u00e9s d&#8217;alors, dans l&#8217;Allemagne \u00e0 la d\u00e9rive de 1920, et effectivement, l&#8217;ann\u00e9e suivante, \u00c9lias Canetti dut partir poursuivre ses \u00e9tudes en Allemagne, une nouvelle vie s&#8217;ouvrait devant lui, fort diff\u00e9rente o\u00f9, \u00e9crit-il, \u00ab\u00a0je ne naquis qu&#8217;apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 chass\u00e9 du paradis.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Christian Broussas &#8211; octobre 2012 (christian.broussas at orange.fr)<\/p>\n<p><strong>Bibliographie<\/strong><br \/>\n&#8211; Autobiographie (1971-1977) et 2003\u00a0:<br \/>\n<br \/>Tome I\u00a0: La Langue sauv\u00e9e &#8211; Histoire d&#8217;une jeunesse 1905-1921 (1977)<br \/>\n<br \/>Tome II\u00a0: Le Flambeau dans l&#8217;oreille &#8211; Histoire d&#8217;une vie 1921-1931 (1980)<br \/>\n<br \/>Tome III\u00a0: Jeux de regards &#8211; Histoire d&#8217;une vie 1931-1937 (1985)<br \/>\n<br \/>Tome IV\u00a0: Les Ann\u00e9es anglaises (2003)<br \/>\n&#8211; 1935\u00a0: Auto-da-f\u00e9 (1949, titr\u00e9 aussi La Tour de Babel), Die Blendung<br \/>\n&#8211; 1960\u00a0: Masse et Puissance, Masse und Macht, essai, ISBN 2070705072 <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1) Roustchouk (1905-1911) Roustchouk, ville bulgare sur le cours inf\u00e9rieur du Danube\u00a0; ville fronti\u00e8re puisqu&#8217;en face sur la [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":16,"featured_media":2563,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[2],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/996"}],"collection":[{"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/16"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=996"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/996\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":6645,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/996\/revisions\/6645"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/2563"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=996"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=996"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=996"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}