« Serait-ce une témérité d’imaginer que, dans la longue suite de siècles écoulés depuis la création du monde, peut-être plusieurs millions de siècles avant l’histoire du genre humain, serait-ce, dis-je, une témérité d’imaginer que tous les animaux à sang chaud sont provenus d’un filament vivant, que la grande cause première a doté de l’animalité, avec la faculté d’acquérir de nouvelles parties, accompagnées de nouveaux penchants dirigés par des irritations, des sensations, des volitions et des associations, et possédant ainsi la faculté de continuer à se perfectionner par sa propre activité inhérente, et de transmettre ces perfectionnements de génération en génération à sa postérité et dans les siècles des siècles ? » (Zoonomie, Erasmus Darwin, 1794)

Pendant ses années universitaires, Charles Darwin admirait l’ouvrage Zoonomie publié par son grand-père Erasmus en 1794. Une dizaine d’années ses études, après avoir fait le tour du monde sur le Beagle et imaginé les fondements de sa théorie, Charles estimera finalement que Zoonomie, même s’il a permis de populariser l’idée que le monde vivant était davantage le résultat d’évolutions constantes qu’issu tel quel de la création divine, manquait de faits et d’observations pour être réellement convaincant.
Reste que ce grand-père que Charles n’a jamais connu (l’un est mort en 1802, l’autre est né en 1809) est une personnalité qui a profondément marqué l’auteur de L’Origine des espèces : médecin, inventeur, poète, philosophe, père de 15 enfants dont trois hors-mariage, antiesclavagiste, franc-maçon, touche-à-tout de génie et catalyseur, avec ses amis « lunatics » (1), de la révolution industrielle… pour le meilleur et pour le pire.
Erasmus Darwin naît en 1731 à Elston Hall. Après une courte et décevante expérience de médecin à Nottingham en 1756, il arrive à Lichfield avec une lettre de recommandation à l’intention du pasteur Seward, auteur de The Female Right to Literature (1748) qui entretient un cercle littéraire dans le palais épiscopal (Bishop’s Palace) où il réside, derrière la cathédrale située elle-même derrière la maison de Beacon Street. Anna, la fille du pasteur, se liera d’amitié avec Erasmus Darwin et deviendra une poétesse reconnue. Des membres de la Lunar Society se retrouvèrent parfois au Bishop’s Palace.





En 1781, Erasmus quitte Lichfield à regrets pour suivre sa seconde femme, Elizabeth, à Radbourne Hall. Ils emménagent deux ans plus tard dans une maison (aujourd’hui disparue) située Full Street à Derby, puis, quelques semaines avant la mort d’Erasmus en 1802, dans le prieuré de Breadsall.

À lire : l’excellent The Lunar Men. Five Friends Whose Curiosity Changed The World, de Jenny Uglow (pas encore traduit en français).
(1) : Groupe d’amis – dont, outre Erasmus Darwin : Josiah Wedgwood – autre grand-père de Charles Darwin -, James Watt, Matthew Bolton et Joseph Priestley – qui se réunissait chez les uns et les autres les soirées de pleine lune, ce qui facilitait ensuite leur retour au domicile. Lors de ces rencontres et par correspondance, ils s’échangeaient des réflexions sur les sciences, les arts, les techniques et la politique. La maison de Lichfield est un des lieux de rencontre de la Lunar Society.