« Écrire des histoires est la meilleur manière pour moi de m’exprimer » (E. Gaskell à Mary Green, 1853)
Pourquoi Elizabeth Gaskell est-elle si ignorée aujourd’hui, alors que ses amis Charles Dickens et Charlotte Brontë sont si célèbres ? Il est vrai que ces deux derniers, l’une par sa vie si atypique et l’autre par son style si extraordinaire, éclipsent tous les autres écrivains victoriens…
Pourtant, Elizabeth Gaskell est autrice d’une oeuvre importante, autant par le volume (huit romans et plusieurs nouvelles) que par l’intention. Plusieurs de ses romans décrivent de l’intérieur les bouleversements d’une révolution industrielle qu’elle était bien placée pour observer de près, car elle habitait Manchester, un des coeurs de cette révolution – là même où Engels (1) et Marx élaboraient leur théorie au milieu des années 1840. On aurait même pu imaginer (mais avec beaucoup d’imagination) Friedrich et Karl devisant au coin du feu avec Elizabeth dans sa maison de Plymouth Grove, aujourd’hui musée.


Nord et Sud était le roman favori d’Elizabeth Gaskell. Il parut en feuilletons en 1854-1855 dans Household Words, le magazine hebdomadaire créé par Charles Dickens qui venait d’y publier Les Temps difficiles, récit tout aussi social, mais moins optimiste. Les deux histoires étaient en partie inspirées par la grève des ouvriers textiles de Preston en 1854. Les années 1840-1850 virent ainsi la naissance du roman à vocation sociale, avec aussi Charles Kingsley, Ruskin et Carlyle. Le Mary Barton d’Elizabeth Gaskell date de 1848 (il raconte la vie de deux familles, l’une pauvre, l’autre riche, dans le Manchester du début des années 1840). Gaskell faisait preuve d’un certain courage, son mari, pasteur unitarien, étant en relation avec les patrons de l’industrie textile de Manchester, tout comme le pasteur Brontë côtoyait les directeurs des fabriques d’Haworth dans ces mêmes années.
Quand Elizabeth Gaskell et son mari William arrivent à Manchester en 1832, c’est pour s’installer 14 Dover Street dans une maison disparue depuis. Ils emménagent en 1842 dans une autre maison à l’angle de Upper Rumford Street (également disparue depuis) et en 1850 dans celle de Plymouth Grove. Tout comme les soeurs Brontë, que la fréquentation par leur père des familles pauvres de Haworth sensibilisait aux conditions d’existence des plus humbles, c’est par les rencontres des familles ouvrières de Manchester avec son mari pasteur, qu’Elizabeth découvre des vies démolies par l’industrialisation à marche forcée. La mort de leur fils en 1844 la plonge dans une profonde affliction, dont l’écriture de Mary Barton la sortira.
Voici d’autres adresses où elle a vécu :
- Elle naît en 1810 au 93 Cheyne Walk à Londres (plaque).
- Après le décès de sa mère quand Elizabeth n’a que treize mois, elle vit chez sa tante, dans une maison qui existe encore : Heathwaite House, 17 Gaskell Avenue à Knutsford. Elle fera plus tard de Knutsford le décor de son roman Cranford. À douze ans, elle intègre une école à Barford puis à Stratford-on-Avon en 1824. Elle vit chez son père à Londres en 1828-1829, puis regagne Knutsford, vit ensuite un moment à Newcastle upon Tyne, puis à Édimbourg en 1831.
- Elle fait plusieurs séjours à Plas Penrhyn, la propriété de son cousin près de Portmeirion dans le Pays de Galles.






(1) : Il publie en 1845 La Situation de la classe ouvrière en Angleterre en 1844. Il habite la même Dover Street que les Gaskell entre 1865 et 1868, aux numéros 25 et 58, démolis pour faire place aux bâtiments de l’université.