Jerome CHARYN

Si Balzac, aujourd’hui, faisait dans le polar, ça ressemblerait à du Jerome Charyn.
Comme il l’explique dans sa préface à Zyeux bleus, c’est en 1973, après sept livres publiés qui n’ont rien de policier, que Charyn, pour se distraire de l’écriture d’un énorme roman sur la République d’Andorre, lit L’affaire Galton, de Ross MacDonald.
Quelque temps plus tard, il décide d’accompagner son frère Harvey qui œuvre alors dans la Brigade criminelle de Brooklyn. Juste, pense t-il, pour écrire un petit roman de choses vues. En fait, c’est partie pour toute une série d’aventures dans lesquelles interfèrent les histoires de famille de l’auteur et sa biographie personnelle.
Charyn explique en effet dans cette préface que Manfred Coen, le détective aux yeux bleus, c’est 50% Jerome (yeux bruns) et 50% Harvey (yeux bruns aussi).
Blue eyes paraît en 1974 et sera suivi d’autres.

Ses premières classes, Charyn ne les a pas faites avec des livres, mais dans les rues du Bronx et au cinéma. Né en 1937 (un an avant Carver), d’un père fourreur polonais et d’une mère russe émigrés à New-York qui ne sont jamais parvenus à apprendre l’anglais, Charyn est européen autant qu’américain.
Depuis 1994, il installe sa machine écrire une bonne partie de l’année à Paris, dans le quartier de la rue Froidevaux.
De Paris, Charyn écrit très bien sur New-York.
Le polar américain étant, depuis Marcel Duhamel et Chester Himes, plus reconnu en France qu’aux Etats-Unis, c’est en France, grâce à la Série Noire, que Zyeux bleus, Isaac Sidel -son chef- et la foule grouillante qui les entoure trouvent leur public.

À côté de Joyce et Faulkner, Charyn admire aussi Flaubert (qui, à ses yeux, « commence le roman moderne ») et Baudelaire.
Et un peu Balzac. Ses personnages, c’est la Comédie humaine à New-York.

Charyn enseigne par ailleurs la littérature, l’écriture et le cinéma à Paris et aux Etats-Unis.
Il pourrait aussi enseigner le ping-pong, mais il se contente de le pratiquer et d’en écrire l’histoire.