Arthur KOESTLER

Köstler est juif, hongrois d’origine. Sa famille s’installe à Vienne en 1919, où Arthur fera des études d’ingénieur. Peut-être est-ce ce goût pour la vérité scientifique (qui ne le quittera jamais – il écrit plusieurs ouvrages scientifiques après avoir abandonné son combat politique en 1955) qui l’aidera à « revenir » du communisme en 1937, plus tôt que la plupart de ses confrères écrivains et artistes européens ?

En 1926, à vingt ans, il s’installe en Palestine, lançant au passage un hebdomadaire dont il est le seul rédacteur. Comme sa machine à écrire ne comporte pas de tréma, il modifie légèrement son nom.

Il adopte ensuite la langue allemande et est en 1929 correspondant à Paris d’un journal allemand.

Après plusieurs mois en URSS, le Komintern le renvoie à Paris en 1933. Mais sa situation est devenue plus précaire, car ses biens en Allemagne ont été confisqués. Entre 1931 et 1937, Koestler est un agent communiste intelligent et discipliné. Il seconde Willi Münzenberg, chef à Paris de la propagande du Komintern. Koestler adhère à l’Association des écrivains allemands en exil, comme ses amis Manès Sperber, Anna Seghers et Gustav Regler. Comme eux, il tente de survivre à l’isolement et à la précarité, habitant d’hôtel en hôtel (ainsi, rue de Tournon, dans un hôtel où Regler s’installe plus tard), dans un studio porte d’Orléans…

Contrairement aux Hemingway et autres expatriés volontaires de la Lost generation quelques années plus tôt, les réfugiés russes, italiens, allemands ou espagnols sont très peu invités par les Français. Ils peuplent les cafés, mais pas à l’heure des repas…

Sperber sert de lien entre Malraux et les réfugiés allemands et Koestler fait sans doute quelques incursions 44 rue du Bac.

En 1934, on le retrouve à Maisons-Laffitte, 2 place Wagram dans la Villa Victoire, une maison pour des enfants de communistes allemands persécutés. Il s’y occupe des enfants pendants deux mois.

La guerre d’Espagne qui débute en juillet 1936 est pour les expatriés allemands une déchirure supplémentaire car ils y voient un nouveau succès du nazisme.

En 1936, Münzenberg propose à Koestler de s’infiltrer dans les rangs des franquistes afin de ramener la preuve irréfutable que les nazis et les fascistes italiens appuient l’armée de Franco. Sa couverture sera une carte de journaliste pour le journal anglais News Chronicle.

Deux séjours en Espagne se déroulent avec succès. Le troisième, début 1937, lui est presque fatal. En février, il est arrêté à Malaga par les phalangistes et condamné à mort. Suite à une mobilisation internationale en sa faveur, après avoir attendu chaque jour son exécution dans sa cellule de Séville, il est échangé en mai contre un otage des républicains.

Entre-temps, il a réfléchi. Les procès de Moscou et la violence des communistes espagnols à l’égard des anarchistes et des trotskistes le font quitter le PC en 1938, peu après l’exécution de Boukharine.

Il regagne Paris. Après la déclaration de guerre à l’Allemagne, il est considéré comme « suspect politique », arrêté en octobre 1939 et emprisonné quatre mois au camp du Vernet d’Ariège. Il est libéré grâce à l’influence des services secrets britanniques et gagne Londres avant l’occupation nazie en France qui aurait signifié son exécution.

Il commence à écrire Le Zéro et l’infini (Darkness at Noon), qui dénonce les purges politiques en URSS et, à travers celles-ci, tous les régimes de dictatures. Le livre est publié fin 1940 à Londres et le consacre comme écrivain. Il a à nouveau changé de langage et écrit maintenant en anglais.

Pendant la guerre, il se met au service de l’armée britannique.

L’après-guerre le voit souvent à Paris. Les ventes du Zéro et l’infini, paru en France juste après la Libération, atteignent 400 000 exemplaires. Comme son auteur est un ex-communiste, on ne peut accuser le roman d’être un pamphlet réactionnaire.

Koestler fréquente alors de meilleurs hôtels que pendant les années trente, en particulier l’hôtel Montalembert, 3 rue Montalembert. Il fréquente également les Camus et « les » Sartre. Camus apprécie la clairvoyance politique de Koestler, qui supporte peu le militantisme communiste de Sartre. Camus s’amourache de Mme Koestler (la belle Mamaine), et Koestler de Simone de Beauvoir.

En 1957, il publiera avec Camus des Réflexions sur la peine capitale.

Il adopte en 1948 la nationalité anglaise. Cette année-là, il est correspondant de guerre pendant le conflit israélo-arabe, puis s’isole dans sa maison de Verte rive, en bord de Seine près de Fontainebleau, pour écrire un livre sur la naissance d’Israël.

Dans les années cinquante, en quête de remèdes aux « angoisses de l’Occident », il part au Japon et en Inde étudier la philosophe orientale.

Atteint de la maladie de Parkinson et d’une leucémie, il se suicide à Londres en 1983.

Petite bibliographie
Camus, une vie. Olivier Todd. Folio n°3263.
La Rive gauche. Herbert R. Lottman. Point Seuil n°161.
Libertad ! Dan Franck. Flammarion.

Autres sources
http://partners.nytimes.com/books/00/01/02/specials/koestler-stranger.html