Paul Léautaud (1872-1956)

Voici donc la chambre de la pauvre Marie Pezé, le pan mansardé et la fenêtre à tabatière, le seul lieu au monde en définitive, où le « petit ami » ait été vraiment aimé et heureux (Journal littéraire).


Par Bernard Vassor

Leautaud2.jpg « Mon enfance s’est passée toute entière dans ce quartier de Paris qui va de la Butte Montmartre aux grands boulevards, et qui est bordée, d’un côté, par la rue de Clichy et la Chaussée d’Antin, et de l’autre, par la rue Rochechouart et le faubourg Montmartre.
La région qui m’était la plus familière, celle où mes yeux s’emplissaient des images que je devais conserver toujours était celle qui est comprise entre les rues Notre-Dame-de-Lorette et Fontaine, les boulevards de Clichy et Rochechouart, et les rue Rochechouart et Lamartine. »

Ballotté entre un père comédien divorcé, sa mère Jeanne Forestier,, une «cocotte » qui l’a abandonné dès sa naissance, et la domestique de Léautaud père qui va vraiment l’élever.

Les rares rencontres avec sa mère se faisaient dans des « maisons meublées », la plus mémorable fut cette entrevue, passage Laferrière en 1881 : « dans une maison qui existe encore je crois[[Ecrit en 1902]], le passage Laferrière est devenu depuis la rue Laferrière et les deux grilles qui fermaient à ses deux extrémités, rue Notre-Dame-de-Lorette et rue Bréda[[La rue Bréda est aujourd’hui la rue Henri Monnier.]], ont disparu »

Celle qui lui servira de mère, Marie Pezé habitait au 14 rue Clauzel, et c’est là que le petit Paul a passé la plupart du temps sa petite enfance.

« Ma chère maman Pezé, je revois parfaitement la petite chambre mansardée que Marie occupait au sixième étage et que nous regagnions chaque soir vers les neuf heures et demie. Je voulais toujours qu’elle me porta pour monter l’escalier. Arrivée au cinquième, elle prenait un petit couloir obscur, qui jusqu’à un escalier tournant d’une dizaine de marches au plus qui menait au sixième étage. La porte de la chambre était juste en face. Comme j’y étais bien dans cette chambre, et quelles heures tranquiles j’y ai vécues, bien plus heureux que dans les appartements paternels ! »

Le domicile du père était au 21 rue des Martyrs.

Je ne sais pas en quelle année, Marie Pezé est sortie de la vie du « Petit ami », mais, dans une lettre à sa tante Fanny Forestier du 31 décembre 1882, P.L. après le déménagement à Courbevoie, lui écrira :

« Ma Chère tante[[Dans les lettres à sa mère, il l’appelait Madame…]],
(…) je vous demanderai de m’envoyer le nom et l’adresse de ma mère. Mon père vous souhaite une bonne année et une bonne santé ainsi que moi, Madame Pezé vous souhaite bien le bonjour.

Je vous embrasse de tout mon cœur.

Paul Léautaud

3 avenue de la République

Courbevoie

Seine. »

Dans le volume de la « Correspondance », il ne sera plus question de Marie Pezé, qu’est-elle devenue ?

D’autre part, Léautaud semble ignorer que le père Tanguy, depuis l’année de naissance du Paul, tenait la boutique du 14 rue Clauzel, et que Vincent Van Gogh était un habitué de cette maison jusqu’en 1889…
(Emile Bernard avait dans un long article au « Mercure de France », mentionné le 14 rue Clauzel).

L’immeuble était alors fréquenté par des «insoumises », des fenestrières comme on disait à l’époque.


Quelques ouvrages de Paul Léautaud :


Le Journal Littéraire, 17 volumes je crois, à quand une réédition ?

Le Petit ami, Mercure de France 1903

Paul Léautaud Correspondance 1, 10/18 domaine français © 1972

Archives personnelles

Archives de la Préfecture de police

Pour l’histoire des fenestrières consulter le site de Noëlle Benhamou, la spécialiste de Maupassant ( qui a vécu au 19 rue Clauzel presque en face du 14),
http://perso.wanadoo.fr/maupassantiana.

25 Comments

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  1. 1
    Bernard Vassor

    > Paul Léautaud (1872-1956)
    Quelques domiciles de Léautaud, ou lieux fréquentés :
    37 rue Molière où ilest né.
    Le bureau de tabac du 62 rue de Richelieu
    Librairie d’Adrienne Monier rue de l’Odéon
    Librairie Anachréon, rue de SEINE
    Le Mercure rue de Condé
    Description minutieuse du marchand de couleurs du 1 rue des Martyrs, à l’angle de la rue Notre-Dame-de-Lorette.
    Le petit pavillon dans la cour du 21 rue des Martyrs : « je suis entré dans la cour. Resté là un bon moment à regarder le petit pavillon où mon père habitait. Le premier étage composé d’une unique pièce, sa chambre à coucher.Au rez-de-chaussée la salle à manger (…)dans la cou, la fen^tre à vasque est toujours là, face à la porte d’entrée (…)
    Même adresse boutique de mercerie, tenue par la mère de deux petites filles (camarades de jeux de Léautaud) Madame Nadaud.
    Le charbonnier de la rue Clauzel.

    17 rue Rousselet en 1905

    15 rue de l’Odéon 1903
    29 rue de Condé

    Adresses relevée dans la « correspondance (10/18) déjà citée
    A suivre dans le tome II …..

    • 2
      Marie-Pierre

      > Paul Léautaud (1872-1956)
      C’est un bel hommage à Marie Pezé, merci.
      Je ne sais pas si c’est vous qui aviez organisé les conférences et expositions pour le bicentenaire de Flora Tristan, avec Michèle Perrot, Michèle Riot-Sarcey, Evelyne Bloch-Dano, Dominique Desanti, Stéphane Michaud. Je n’en ai manqué aucune, mais qu’en est-il de votre promesse de faire une exposition et un séminaire sur les « Pionnières »journalistes de 1830 à 1848 ?
      En attendant, pouvez-vous nous redonner l’itinéraire « Flora Tristan » dans Paris ?
      Merci d’avance, il est rare que les femmes soient à l’honneur !

      • 3
        Anonyme

        > Paul Léautaud (1872-1956) Ch. BARBARO
        En quelle année est décédée Marie Dormoy ?
        Est-ce bien elle -seule- qui a publié toute la suite du JL après la disparition de PL en 1956 ?
        Et aussi le fameux Journal Particulier relatant (d’une façon !) son histoire intime avec l’écrivain ? Si oui, elle a dû en faire une tête en lisant toutes ces belles choses la concernant !

        • 4
          Dominique LACOUT

          > Paul Léautaud (1872-1956) Ch. BARBARO
          Cher Ch. Barbaro,
          Tout comme vous je cherche à connaître – en vain jusque là – l’année du décès de Marie Dormoy (sa « vie secrète de PL » a été publiée en 1972. Elle devait alors vraisemblablement être encore en vie à cette date.
          Merci de me renseigner si vous avez la réponse.
          Léautaudiquement vôtre.

          Dominique LACOUT
          E-mail : dominique.lacout@orange.fr

  2. 6
    Raphaël Hart

    > Paul Léautaud (1872-1956)
    Bonjour,

    Le 29 mars 1931, Paul Léautaud écrivait dans son Journal à propos de sa « possible rencontre » avec Maupassant qui habitait rue Clauzel, où une plaque commémorative venait d’être posée. L’extrait du Journal peut être consulté dans la rubrique Maupassant de l’intime du site Maupassantiana.

    Merci encore pour vos articles sur Paris.

    • 7
      Anonyme

      > Paul Léautaud (1872-1956)
      Merci beaucoup pour cette information, je cite la rubrique que vous m’indiquez pour compléter l’information sur son passage rue Clauzel.
      J’espère que Noëlle BENHAMOU donnera son accord….

      Paul LÉAUTAUD, Journal littéraire (1931).
      Dimanche 29 mars – Eté ce matin à l’inauguration de la plaque posée sur la maison que Maupassant habita 19, rue Clauzel. J’ai une grande sympathie pour Maupassant, l’homme, sa vie douloureuse, sa fin lamentable, je ne peux parler de l’écrivain que j’ai à peine lu. Une occasion également de me promener dans ce quartier fameux pour moi. Maupassant habita cette maison de 1878 à 1881. J’ai certainement dû le rencontrer étant enfant. J’avais alors six ans, sept, huit et neuf. […]
      On disait déjà, sur place, qu’il n’est pas très sûr que ce soit au 19 qu’ait habité Maupassant, que ce pourrait bien être au 17. Marius Boisson à côté de moi disait avec justesse que rien ne serait plus facile à vérifier avec les sommiers des contributions.

      La plaque est toujours en place au 19, l’inscription est presque éffacée….

      J’ai fait les recherches au cadastre (D1P4), je n’ai rien trouvé ni au 17 ni au 19 rue Clauzel.

  3. 11
    Lerner Elodie

    > Paul Léautaud (1872-1956)
    Ainsi peut-on en quelque sorte fréquenter ceux qui habitèrent jadis le 14 de la rue Clauzel : rien n’est plus difficile pour l’historien que de faire revivre le passé, au grand plaisir du lecteur. La vie des humbles et des oubliés, souvent des femmes comme Marie Pezé, est de plus remise à l’honneur. Merci donc pour cet article.
    Historienne de l’art, je l’ai particulièrement apprécié car il permet de bien replacer l’artiste, Van Gogh, dans le contexte plus large d’une époque, d’un milieu social, d’un quartier. Une piste qui ne semble pas avoir encore livré tous ses secrets : l’artiste, le marchand de couleurs et l’écrivain ne se connaissaient-ils vraiment pas ou existe t-il quelque part des traces de leur rencontre au 14 rue Clauzel ?
    Elodie Lerner.

    • 12
      Anonyme

      > Paul Léautaud (1872-1956)
      Comme souvent nos avis se rejoignent, Elodie. Et grâce à Bernard, nous réalisons à quel point le 14 de la rue Clauzel est un endroit incontournable de la vie artistique… Encore merci.
      Clotilde R-M

  4. 13
    Anonyme

    > Paul Léautaud (1872-1956)
    Le Journal Littéraire comprend 18 volumes, plus un volume regroupant des de feuillets épars et un index complet – donc 19 volumes en tout (et non 20, comme l’écrit Philippe Delerme dans son récent livre « Maintenant, foutez-moi la paix »).

    • 15
      patrice rostain

      > Paul Léautaud (1872-1956)
      Je réagis sur les sottises que Mr DELERM nous inflige avec la complicité du Mercure de France (toujours aussi lamentable dans la défense de son patrimoine !!!) et dont la moindre n’est pas de confondre Louis Dumur avec le malheureux Guy Dumur – critique dramatique au Nouvel Obs…. décédé il y a quelques années… En ce qui concerne le Journal,Marie Dormoy a publié ce qu’elle a bien voulu – c’est à dire ce qui ne la génait pas – mettant de côté la valeur d’au moins 600 feuillets. Fort heureusement ceux-ci existent toujours – Marie n’ayant pas suivi le triste exemple de Madame Jules Renard – et sont plus ou moins pieusement conservés à la Bibliothéque Doucet. Nous ne les verrons probablement jamais pour des raisons pseudo-universitaires que je ne m’explique pas… Ah ! les veuves abusives…. Léautaud était sans illusions à ce sujet quand il écrivait dans « Marly-le-Roi » : J’ai tenu pendant ma vie un Journal Littéraire… De quelque côté que je me tourne pour sa publication posthume…je ne vois que perspectives de tripatouillages, de suppressions, de pusillanimité, de complaisances, de rlations et de petits intérêts à ménager, moi bien enfermé dans ma caisse, et mon publicateur ou ma publicatrice bien tranquille sur ce que je pourrais dire. »

      • 16
        Decrauze

        > Paul Léautaud (1872-1956)
        Je suis heureux de lire cette dénonciation, ce qui relativise beaucoup le pseudo scandale monté en épingle autour de Pierre Perret et de ses rencontres avec l’aristo-libertaire.

    • 17
      Decrauze

      > Paul Léautaud (1872-1956)
      Et si vous voulez vagabonder à travers les extraits choisis d’un diariste aristo-libertaire, cf. la réf. ci-dessous :

  5. 18
    D. GORDON

    Paul Léautaud (1872-1956)
    Le pére de Léautaud qui avaitatteint l’age de 48 ans s’est mis en ménage avec une jeune fille de 15 ans et Marie Pézé très affusquée a quitté la maison des Léautaud .Cela se passait en 1880 ou 1881

    Léautaud indique comme date du décés de Marie Pézé 1887 ou 1888.

    Le journal littéraire complet est édité en 3 volumes par le Mercure de France + un 4 émé qui reprend tous les noms ( personnes , lieux et autres ) cités dans le journal .

    Chez le même éditeur , on peut aussi trouver : In mémoriam, Lettres à ma mère , Les journaux particuliers .

    Les lettres à Marie Dormoy sont éditées par Albin Michel.

    La plupart de ces livres peuvent être achetés à des prix très intéressant sur les sites de vente Internet .

    Bonne lecture si vous investissez dans Léautaud.

    François Paris

    • 19
      Anonyme

      Paul Léautaud (1872-1956)
      Ces références sont indispensables, et vous avez bien raison de parler d’investissement, les volumes du « Mercure » sont hors de portée d’une bourse moyenne hélas….
      De plus l’information concernant la date de départ de Marie de la « maison Léautaud », ne semble pas indiquer qu’elle ait quitté la rue Clauzel. A moins que vous n’ayez d’autres informations ?
      Le cadastre est muet à ce sujet.
      Merci encore
      Rappelons qu’à la même adresse à ces dates (1887-1888), la petite boutique en bas à gauche, était fréquentée par Van Gogh Gauguin, Signac, Emile Bernard, Pissarro ETC….
      Bernard Vassor

      • 20
        Gordon

        Paul Léautaud (1872-1956)
        Paul Léautaud avait 10 ans lorsque Marie Pézé a cessé de servir chez Firmin Léautaud qui s’était mis en ménage avec une jeune fille de 15 ans .
        Marie Pézé demeurait toujours rue Clauzel.
        En 1882 , Firmin Léautaud a déménagé de Paris pour aller habiter à Courbevoie .
        Pour autant que je me souvienne de mes lectures déjà anciennes , Paul Léautaud
        dans son adolescence n’a jamais revu ou tenté de revoir sa vieille nourrice sa maman comme il la nomme avec beaucoup d’émotion dans le Journal littéraire .
        Sur le site internet priceminister.com , qui n’est pas un site d’enchères comme d’autres , vous pouvez trouver des livres de Léautaud à des prix plus abordables que chez lezs libraires .
        Si vous habitez Paris , évitez les bouquinistes des quais .Leurs prix sont prohibitifs

        • 21
          marc rolland

          Paul Léautaud (1872-1956)
          D’accord pour les bouquinistes, mais on trouve toujours des perles au marché Georges-Brassens, à condition d’y aller régulièrement, et/ou avoir de la chance. Surtout quand il y a des gros arrivages et qu’on choisit à 1 ou 2 euros!

          • 22
            Anonyme

            Paul Léautaud (1872-1956)
            Je connais aussi le Square Georges BRASSENS , mais il faut croire que je n’y vais pas assez souvent ( ça c’est vrai ) ou que je n’ai pas de chance ( ça c’est encore plus vrai ).Si vous avez des conseils notamment sur les heures( gros arrivages ?) ou l’on a plus de chance , je les accueillerai avec le plus grand plaisir et vous en remercierai vivement.
            A vrai dire , je ne cherche plus trop de livres de Léautaud , je suis assez bien lotti maintenant , mais je cherche toujours des livres .C’est une manie malgré les bibliothéques de prêt que de vouloir disposer de livres d’avance
            A mon age , on n’y peut plus grand chose
            Pour les lire bien sur et non pas dans un esprit de cllectionneur .
            Avec toutes mes salutations .

          • 23
            François Paris

            Paul Léautaud (1872-1956)
            J’ai omis de signer mon message d’hier à propos notamment du square Georges Brassens .
            Voila qui sera fait .
            Avec mes excuses .
            François Paris

    • 24
      J. YZ

      Paul Léautaud (1872-1956)
      je recherche toute information sur la comédienne Irma Perrot (1860-1942) dont Paul Léautaud parle avec une certaine terreur dans son Journal 1908-1909…… Elle a été modèle de Degas, et amie de Toulouse Lautrec, Jarry, de Salmon, Jules Romains…. Elle habitait 17 rue Victor Massé, en face du Chat Noir où elle chantait accompagnée par Marie Krysinska….. Je cherche des documents sur la pièce qu’elle a jouée en 1909 : La Marquesita et des informations sur ses relations avec Picasso…. Merci …. J. YZ.
      yzart@noos.fr

      • 25
        Nicot

        Paul Léautaud (1872-1956)
        Connaissant les origines d’Irma Perrot (publication prévue), je suis disposé à échanger des informations sur Irma.

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