René CREVEL

Certains portent leur sort inscrit dans leur nom.
Ressusciter en permanence (d’abord d’un climat familial mortel, puis d’accès de tuberculose et de drogues), jusqu’à en crever brutalement lorsqu’une nouvelle renaissance paraît impossible, tel est le destin de celui qui porte aussi le prénom du René du « vague des passions » dans le roman de Chateaubriand.

Dans des œoeuvres aujourd’hui peu présentes en librairie (Détours – 1924 -, Mon corps et moi – 1925 -, La Mort difficile – 1926), Crevel dessine en effet les contours d’un nouveau « mal du siècle ».

Comme Prévert et Desnos, René naît en 1900 à Paris. Il vit ses premiers mois rue de l’Échiquier. La famille emménage au 4ème étage du 15 rue de la Pompe en 1905, puis au 6 rue de la Muette en 1910. Une mère un peu tyrannique et un père imprimeur de musique, qui se suicide en 1914…
Dès ses 18 ans, il s’inscrit à La Sorbonne et passe plus de temps dans les cafés du quartier que dans les amphis de cours. Il rencontre André Breton en 1921, mais penche peu à peu davantage du côté Tzara, la branche surréaliste qui fait sécession. L’homosexualité de Crevel et son goût de la vie mondaine ne sont pas du goût de Breton. De plus, il se permet d’interroger l’écriture automatique et les récits de rêves plus que ne l’autorise la doctrine surréaliste.

Le 6 juillet 1923, il est giflé par Éluard sur la scène du Barbeau théâtre Michel, où Crevel interprète l’Œoeil dans la pièce de Tzara.

Sous la pression de Desnos en particulier, il s’éloigne temporairement des surréalistes. La réconciliation avec Breton attendra début 1930, alors que Crevel prend sa défense dans un texte qui paraît dans le second Manifeste du surréalisme.

En 1932, Breton, René Char, Éluard et Crevel intègrent l’Association des Écrivains et Artistes Révolutionnaires (AEAR), proche du parti communiste.
Dans les années 1920, Paris est le port d’attache de Crevel, (en particulier le 28 rue Lacretelle) entre deux voyages ou cures à La Grave, en Haute-Savoie, à Saint-Tropez, au Lavandou et à Sainte-Maxime, à Marseille, Morzine, Davos, Leysin, Lausanne, etc.

Mi-juin 1935, une conjonction d’événements lui est fatale : le 16, alors qu’il se croit (une fois de plus) guéri de la tuberculose qui l’a saisi en 1926, il apprend qu’elle a atteint ses reins ; le 17, alors que les surréalistes ont participé à la préparation du Congrès international pour la défense de la culture des 21-25 juin suscité par l’AEAR, les organisateurs décident que, malgré les efforts de Crevel, Breton et ses acolytes ne pourront s’exprimer à la tribune, Breton ayant giflé Ilya Ehrenbourg le 14.
Crevel se suicide dans la nuit du 17 au 18 juin.

Crevel s’est aussi beaucoup intéressé à la littérature britannique. Le 11 décembre 1927, il rencontre Herbert Georges Wells dans sa maison de Magagnosc près de Grasse. En octobre 1929, il conçoit un ouvrage sur les soeœurs Brontë, illustré par Marie Laurencin.

Autres demeures de l’auteur

Vence automne 1927, au domaine de la Conque et au Nouvel Hôtel.

À Saint-Tropez, Crevel fréquente les bars du Palmyre, de L’Escale et Chez Mélonie.