Joseph CONRAD à Marseille, Hyères, Montpellier…

« Marseille, où j’ai jeté mon premier coup d’oeil conscient sur le monde et la vie. »
Joseph Conrad

Certains écrivains ont été marins. Mais rares sont ceux qui, comme Conrad, ont été capitaines.

Ses aventures maritimes commencent à Marseille, et sur des navires de la marine marchande française. Enfant, il avait découvert la France par les récits de son père, qu’il perd tôt, comme sa mère, tués par la tuberculose.

Fin 1874. A dix-sept ans, pour devenir marin, il arrive de Pologne à Marseille, qui sera son port d’attache jusqu’à avril 1878.

S’il arrive à Marseille, ce n’est pas pour rester à terre. D’ailleurs, les lieux où il y a vécu sont peu connus, car Conrad n’a pas tenu de journal et a détruit toutes ses notes, et ses récits qui ont pour cadre la côte méditerranéenne mêlent trop fiction et réalité. Seul lieu de résidence identifié : la pension de famille de Thérèse Chodzko, 9 boulevard des Iles d’Or à Hyères, qui l’accueille à son arrivée à Marseille.

De là, Conrad embarque pour les Antilles en 1875 sur le Mont-Blanc et, en 1876, sur le Saint-Antoine, voyageant jusqu’aux Antilles, au Mexique et au Vénézuéla. L’armateur, M. Delestang, a des amitiés royalistes, et Conrad livre des fusils à quelques révolutionnaires en Colombie.

De retour à Marseille, il continue dans la contrebande d’armes, pour un prétendant au trône d’Espagne. Ces activités le mènent à croiser une jolie dame espagnole, pour qui il va jusqu’au duel… ce qui accélère son départ de Marseille et le presse à s’enrôler dans la marine anglaise en 1878.

Deux romans encadrent ses années marseillaises : La flèche d’or, roman de la jeunesse, et Le frère de la côte, récit d’une dernière mission dans la presqu’île de Giens (ce qui montre l’attachement que Conrad conserve toute sa vie pour Marseille, à la différence par exemple d’Isabelle Eberhardt). La flèche d’or rend compte assez fidèlement de ses aventures des années 1874-1878. Les lieux du roman se reconnaissent, légèrement modifiés : le café de la Colonne Trajane, tenu par Mme Léonore près du Vieux-Port, la rue Sylvabelle (sans doute) devenue rue des Consuls dans le roman, le café Bodoul, la Maison Dorée, comme indiquée dans le roman, et la pension de Thérèse Chodzko, qui est le modèle de la pension du livre.

Conrad revient dans la région en 1905, à son retour de Capri. Et il est à Marseille en janvier-février 1921, en route vers la Corse. Il sera accueilli chez Edith Wharton à la villa Sainte-Claire-du-vieux-château, à Hyères, où il rencontre Paul Bourget.

En mars-avril 1921, il est à Ajaccio pour surmonter une dépression, repérer les lieux de son roman Suspense et se documenter, à la bibliothèque municipale, sur l’époque révolutionnaire.

Autres demeures de l’auteur

Conrad a également connu d’autres lieux de résidence en France :
– À Lannion et L’Ile Grande, en Bretagne,
– En février 1906, il est de passage à Montpellier, au moment où il conçoit Le duel. Il séjourne à l’hôtel Riche. Il est à nouveau à Montpellier en décembre.
– En Angleterre, les Conrad habitent :

    • à Stanford-le-Hope dans l’Essex entre 1896 et 1898 (où il travaille sur Le nègre du Narcisse),
    • à Pent Farm, maison louée à Ford Madox Ford près de Hythe dans le Kent, jusqu’à 1907, où il compose Au coeur des ténèbres, Lord Jim, Nostromo, L’Agent secret, Typhon, Falk et Amy Foster,
    • Someries, une maison de Luton Hoo, près de Londres,
    • puis, en 1909, un appartement au-dessus d’une boucherie d’Aldington, puis,
    • entre juin 1910 et 1919, la jolie petite ferme de Capel House, à Orlestone dans le Kent, où Gide rencontre Conrad le 17 juillet 1911,
    • puis à Oswalds, à Bishopsbourne près de Canterbury.

L’écrivain repose dans le côté nord-est du cimetière catholique de Canterbury. Sa pierre tombale est simple, et c’est son nom en polonais qui est gravé dans le marbre.

Quelqu’un à contacter ?
La Joseph Conrad Society.

À voir aux alentours

Marcel Pagnol, Isabelle Eberhardt à Marseille,
Stefan Zweig à Marseille et Nice,
Gaston Leroux à Menton et Nice,
Jean Cocteau à Menton,
– Gogol à Nice,
Maupassant à Antibes et Cannes,
Nabokov à Cannes,
– Mann et Huxley à Sanary,
– Wells à Magagnosc,
Alphonse Daudet à Nîmes et Fontvieille,
Mallarmé à Avignon,
Giono à Manosque,
– Frédéric Mistral à Maillane,
– Vauvenargues à Vauvenargues,
Blaise Cendrars à Aix-en-Provence,
Alexandra David-Neel à Digne,
– Paul Valéry à Sète,
Colette à La Treille Muscate (Saint-Tropez),
Prévert, Bernanos à Toulon.

Petite bibliographie
La flèche d’or. Joseph Conrad. Folio n°978.
Le frère de la côte. Joseph Conrad. Folio n°831.
Le Miroir de la mer. Joseph Conrad. Gallimard.
Les années de mer de Joseph Conrad. Jerry Allen. Editions Denoël, 1968.
Topographie d’un roman : Le Frère de la côte. Article de Claudine Lesage-Holuigue, paru dans L’univers conradien, publié en 1988 par la Société Conradienne française (Faculté des Lettres et des Sciences Humaines, 39E rue Camille Guérin, 87036 Limoges Cédex).
La maison de Thérèse (Joseph Conrad, les années françaises, 1874-1878). Claudine Lesage, Ed. Sterne, Amiens, 1992.
Claudine Lesage montre que les années méditerranéennes de Conrad ont imprégné une grande partie de son oeuvre, tant pour les lieux que pour les personnages.
Dossier Conrad du Magazine littéraire n°297, mars 1992.
Joseph Conrad, trois vies. Frederick R. Karl, Ed. Fayard-Mazarine, 1987.
Joseph Conrad. Zdzislav Najder, Ed. de la Table ronde, 1989.
La Côte d’Azur des écrivains. Christian Arthaud et Eric L. Paul, Edisud 1999.
Le pays du Frère de la côte. Article et photographies de Robert Coiplet, in Demeures inspirées et sites romanesques, tome III, éditions de l’Illustration.

6 Comments

Ajoutez les vôtres
  1. 1
    Manuelle Damamme à Rouen

    > Joseph CONRAD à Marseille, Hyères, Montpellier…
    Merci pour vos notes.
    J’ai lu que Conrad avait séjourné un hiver entier à Rouen en attendant la remise en état de son navire.
    Savez-vous où il a séjourné?
    Dois-je continuer mes investigations et vous transmettre les résultats, s’il y en a, pour enrichir votre notule?
    M.D.

    • 2
      JCS

      > Joseph CONRAD à Marseille, Hyères, Montpellier…
      Bonjour,

      je vais essayer de regarder dans Les Années de mer de Joseph Conrad. Si, de votre côté, vous parvenez à trouver des infos à la bibliothèque ou aux archives de Rouen, elles seront bienvenues sur notre site ! Bonnes recherches.

    • 4
      Jean-François Robic

      > Joseph CONRAD à Marseille, Hyères, Montpellier…
      Bonjour,
      je tombe par hasard sur votre message consacré à Conrad à Rouen, car j’effectue moi même une petite recherche à ce sujet. Je suis en train de préparer une vidéo dans laquelle ce sujet est abordé et où le texte de Conrad sert de lien, en quelque sorte, aux images. Joseph Conrad évoque ce passage (un mois, son navire bloqué par la glace qui a pris la Seine cet hiver-là), dans un chapitre de ses Souvenirs. j’en possède un exemplaire de l’édition originale en français, traduit par G. Jean-Aubry. Il parle peu de Rouen même, mais évoque Flaubert à ce propos. J’ai également recherché une représentation de son bateau (le vapeur Adowa) mais je n’ai rien trouvé ni sur Internet, ni via la revue Le chasse-marée, ni via le Musée maritime de Rouen. Un site hongrois montre une image d’un vapeur à voile sous le paragraphe consacré à ce passage à Rouen mais sans dire explicitement qu’il s’agit de l’Adowa :josephconrad.gportal.hu/gindex.php?pg=20737911
      Il existe un article payant sur le site du CNRS. Une notule sur le site : http://pavillon.houseflag.free.fr/armateur%20F.html mais qui n’est faite qu’à partir du livre de Conrad.
      Mais peut-être savez vous déjà tout cela. Votre recherche semble dater de 2004, peut-être que mon message n’a plus d’actualité.
      Je compte faire le montage cet été.
      Cordialement,
      Jean-François Robic, Rouen

      • 5
        Terresdecrivains.com

        > Joseph CONRAD à Marseille, Hyères, Montpellier…
        Bonjour,
        non, nous n’avions pas toutes ces informations. Merci, et n’hésitez pas à repasser ici 🙂
        Cordialement, JCS

  2. 6
    CéCédille

    Joseph CONRAD à Marseille, Hyères, Montpellier…
    Très intéressant. Il faut ajouter sur le sujet mention du récit « Le Tremolino » dans « Le miroir de la mer » (1906), qui raconte ses aventures à l’occasion de livraison d’une cargaison d’armes au Carlistes. Y est mentionné le pittoresque Capitaine Dominic Cervoni et la belle Dona Rita. L’histoire finit mal… pour le bateau. Le récit, enjoué et nostalgique, est superbe. Il est éclairant sur la parenthèse marseillaise.

    http://diacritiques.blogspot.com/2011/05/laccent-marseillais-de-joseph-conrad.html

Les commentaires sont clos.